La naissance de Princesse

Publié le par La Princesse et le Crapaud

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous livrer le récit de la naissance de Princesse, une naissance qui ne s’est pas du tout déroulée comme je l’avais imaginé et qui m’a transformé à vie. Suite à cette naissance, j’ai fait une dépression : la papa me dira après notre séparation que j’étais « morte de l’intérieur », des mots qui me font encore beaucoup de mal tellement ils sont vrais. Notre couple n’y a pas survécu… Bref! C’est un peu long alors j’espère que vous avez le temps

4 juillet 2010 : Je me réveille avec une grande douleur au ventre et au bout de quelques heures, ton papa insiste pour qu’on parte à la maternité. La sage femme nous accueille et me place le monitoring. Elle m’explique que je vais rester en observation pendant une heure et qu’elle m’auscultera après pour voir s’il y a du progrès ou pas. Pendant ce temps, elle remplit mon dossier d’admission et ton papa fait plusieurs allers-retours avec la maison car nous avons oublié plusieurs papiers… L’heure écoulée, la sage femme m’ausculte et m’annonce que mon col est maintenant ouvert à 1,5 cm et de ce fait, elle nous demande de passer en salle d’accouchement. Nous y resterons jusqu’au soir, seuls… Mon col ne s’ouvrant pas à plus de 2 cm, il s’agissait d’un faux travail. Nous avions vraiment cru que tu allais arriver, nous étions déjà tellement heureux et impatients…

Suite à cette journée, j’ai le sentiment que je ne veux pas accoucher là bas mais que faire d’autre ? La sage femme nous a conduit dans cette salle d’hôpital, pas du tout accueillante, pleine de machines et de tuyaux et nous a laissé seuls pendant des heures. Est-ce comme ça que je veux t’accueillir ?

23 juillet 2010 : C’est la nuit, il est plus ou moins 5 heures du matin. Je me réveille avec une douleur diffuse au ventre. J’ai comme un pressentiment mais je ne m’affole pas, je me dis qu’on verra bien. Depuis le 4 juillet et l’épisode du faux travail, je suis attentive à chaque douleur, à chacun de tes mouvements,… L’impatience est là, j’ai tellement hâte que tu arrives mais aussi un peu d’appréhension, comme toutes futures mamans. La douleur n’est pas constante, elle va et vient un peu près tous les quarts d’heure, je pense que ce sont des contractions, elles me réveillent souvent jusque 7 ou 8 heures du matin. Je n’en peux plus d’être couché, les contractions commencent à se rapprocher, j’ai le pressentiment que c’est aujourd’hui le grand jour mais je ne veux rien dire à Papa, il dort près de moi et aura besoin d’être en forme pour m’accompagner tout le long du travail… Les contractions sont pour le moment assez espacées donc pas de quoi lui faire de fausses joies, encore une fois. Je vais dans le salon mais la douleur augmente, Papa se lève, il sait qu’il se passe quelque chose… Je décide de prendre un bain pour voir si les contractions s’espacent ou pas. Papa est près de moi et note consciencieusement l’heure de chaque contraction. Je me plonge dans l’eau chaude, ça me détend car je sens de plus en plus que c’est pour aujourd’hui.

13h30 : Papa veut partir à la maternité mais je suis bien à la maison et je sais qu’être à l’hôpital va augmenter mon stress. Et puis, là bas, je ne pourrais plus bouger, rien manger ni boire : ici au moins, je peux faire ce que je veux ! Après quelques minutes, nous partons tout de même car la douleur commence à être de plus en plus forte et je ne trouve pas de positions pour me soulager.

Arrivée à la maternité : La sage femme nous installe en salle d’observation et me place le monitoring. Pendant ce temps, papa s’absente quelques minutes pour aller récupérer mon dossier que nous n’avons pas pris le temps de récupérer avant de monter. Les contractions deviennent vraiment douloureuses, je les ressens de mon dos jusque mon ventre, il faut que je me concentre pour ne pas crier, je sers le lit de toutes mes forces… Papa revient enfin, je peux serrer sa main dans la mienne, ça me soulage, ça me fait du bien qu’il soit à mes côtés. A présent, la sage femme m’ausculte : je suis déjà dilatée à 3 cm et je suis donc en travail ! C’est bel et bien le grand jour, c’est aujourd’hui que tu vas naître et qu’on pourra te serrer dans nos bras. La sage femme me passe une blouse et m’accompagne jusqu’aux toilettes puis à la douche avant de me conduire dans la salle d’accouchement. Elle me demande de m’allonger sur la table d’accouchement et me place de nouveau le monitoring.

14h30 : La sage femme tente de me poser une perfusion mais sa première puis sa deuxième tentative échoue, elle demande alors à sa collègue de prendre de le relais, sans plus de succès : mon poignet se met à gonfler et me fait mal. L’anesthésiste arrive à son tour et me place la perfusion sur le dos de la main. Quelques minutes d’attente et il me posera la péridurale.

17h00 : La sage femme m’ausculte de nouveau : mon col n’est dilaté qu’à 4 cm… La sage femme décide de percer la poche des eaux pour accélérer le travail. J’apprendrais qu’elle m’injectera aussi du syntocinon dans la perfusion sans m’en avertir.

Je dois rester allongé sur la côté gauche car lorsque je suis sur le dos, ton cœur se met à ralentir. Le temps est long, papa et moi sommes seuls dans cette salle, personne ne vient nous expliquer ce qu’il se passe, si tout va bien… Je me sens abandonnée face à l’inconnu.

19h30 : On m’ausculte une nouvelle fois et la dilatation n’a guère avancé. Le médecin (enfin je suppose car il ne s’est jamais présenté) décide de réaliser un examen pour voir si tout va bien pour toi, un prélèvement de liquide dans ta boîte crânienne. Il prépare tout le matériel nécessaire et le personnel commence à s’amasser dans la salle : 3 sage femmes, l’interne et lui. D’autres sages femmes sont à la porte et le médecin les invite à rentrer ! Tous ont les yeux braqués sur mon vagin, je me sens humiliée, Papa essaie de me rassurer en me disant qu’ils ont l’habitude mais cette situation me met tellement mal à l’aise, j’ai la sensation d’être violée et que mon esprit se détache à ce moment là de mon corps. Je suis allongée sur la table, avec une dizaine de personnes qui regardent mon sexe sans que personne ne m’est demandé si cela me dérangeait ou pas… Je ne suis pas une personne pour eux, juste un objet sur lequel ils peuvent s’exercer et apprendre, il n’y a aucune humanité dans leur comportement, dans leur gestes, dans leurs paroles… L’interne m’explique tout de même qu’elle va prélever le liquide à l’aide d’un objet qui ressemble à un gros tampon, que ce ne sera pas douloureux ni pour moi, ni pour toi. Elle le fait délicatement mais à priori, elle ne parvient pas à réaliser un prélèvement suffisant. Le médecin décide alors d’essayer, sans plus de succès malgré le peu de délicatesse que lui prend pour réaliser ce prélèvement. Il mesure à nouveau l’ouverture du col : 7-8 cm ! Je me souviens encore de la phrase qu’il a alors prononcé, cette phrase qui m’a fait mal pendant des mois et qui m’a plongé dans la dépression : « Vous êtes à 7/8 cm, on va aller le chercher votre bébé. On passe en césa. »

Dans ma tête, plein d’émotions se mélangent : la joie que la dilatation avance enfin et que notre rencontre s’approche et soudain le choc de cette annonce que je ne comprends pas et qu’on ne prend pas la peine de m’expliquer. Le médecin est sorti sans un mot de plus, me laissant entre les mains des sages femmes qui n’auront pas un mot de compassion pour moi. Le monde s’écroule, elles me préparent sans rien dire, sans un regard alors que je suis en larmes. Elles m’enfilent des bas de contentions, me badigeonnent le ventre de Bétadine et me le rasent, me font avaler un médicament avec un goût amer sans explications. Papa a dû sortir dans le couloir et j’entends qu’il a fait un malaise. J’ai besoin de lui, besoin de lui parler. Elles m’annoncent que tout va bien et je pourrais l’embrasser avant d’aller au bloc : j’ai peur, je ne sais pas ce qui va se passer et j’aurais tellement aimé qu’il soit avec moi mais c’est impossible, je vais devoir affronter cette épreuve sans lui. On m’allonge sur le brancard et on m’amène jusqu’au bloc, au bout du couloir. Je croise papa dans le couloir qui tente de me rassurer rapidement mais je sens bien que lui aussi est inquiet et personne ne nous dit rien.

20h30 : J’arrive au bloc opératoire, j’ai la gorge nouée et les larmes aux yeux, plein d’émotions que je ne peux pas sortir : peur pour toi, peur de l’opération, tristesse d’être seule, de ne pas avoir réussi à t’accueillir correctement,… Le personnel dresse un drap au niveau de ma poitrine pour que je ne voie pas l’opération, place le capteur cardiaque sur mon index et un masque à oxygène près de mon visage. Ils m’attachent les bras en croix avec des sangles, je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas ce qu’il se passe et là encore personne ne prend la peine de me parler, de me rassurer, de m’expliquer. Toutes ses émotions me donnent la nausée, j’arrache le masque que l’infirmier maintient sur mon visage et, à peine le temps de lui dire que j’ai envie de vomir que le médicament avalé quelques minutes auparavant ressort dans le haricot. Il me détachera alors le bras gauche pour que je tienne moi-même le haricot, je vomirai tout le long de l’opération… Le médecin commence, je les entends parler de leurs vacances, du temps qu’il a fait,… Ils n’ont aucune considération pour moi, je n’existe pas pour eux et tout d’un coup, je ressens comme un poids en moins dans mon ventre, je sais que tu es dehors et soudain, j’entends ton premier cri : il est 20h42. Je suis soulagée, tu vas bien, tu es vivante. On t’enveloppe dans un drap et je peux enfin te découvrir, tu es si petite que j’ose à peine te toucher. Je te regarde un instant puis le chirurgien me dit que je peux te toucher, je te caresse le visage, tu as la peau déjà tellement douce… Je ne ressens pas ce coup de foudre dont toutes les mamans parlent, pour moi tu n’es alors qu’une étrangère, je ne me rends pas compte que tu n’es plus en moi et que c’est toi ce bébé qu’on me présente. Ils t’amènent rapidement pour les premiers soins au côté de ton papa qui attend dans le couloir. Quant à moi, il faut terminer l’opération. Je te retrouve un quart d’heure plus tard dans ses bras. Le chirurgien propose de faire une photo de nous 3, la première de notre famille. Malheureusement, encore aujourd’hui, j’ai du mal à regarder cette photo : je suis là allongée sur un brancard, avec des fils de partout, fatiguée. Une fois installée en salle de réveil, la puéricultrice te place au sein pour une première tétée. Elle m’explique qu’elle revient dans 20 minutes pour te changer de sein mais elle ne reviendra qu’une heure plus tard. Encore une fois, je me sens abandonnée, désemparée. Tu es si petite, si fragile et moi, je suis encore toute engourdie par l’anesthésie et j’ai peur de mal faire…

Le lien a mis beaucoup de temps à se faire et encore aujourd’hui, je sens qu’il est fragile. Je pensais être envahie d’un amour inconditionnel quand je la découvrirai et j’ai plutôt le sentiment d’avoir dû construire ce lien avec elle. Et cela ne s’est pas fait sans embûches! J’avais le désir profond de l’allaiter et malheureusement suite à des conseils divergents lors du séjour à la maternité et un manque de soutien familial, je me suis résolue à abandonner… Les grands parents venus pour l’occasion étaient ravis de donner le biberon et le papa aussi il faut l’avouer Je me suis rattrapé sur la portage et le cododo pour les siestes

Alors bien évidemment aujourd’hui je l’aime plus que tout et je donnerais ma vie pour elle mais il reste en moi un sentiment douloureux que je ne sais expliquer. Quand j’en aurais le courage, je pense entamer une thérapie pour être enfin en paix avec cette naissance et avoir une relation plus saine avec Princesse.

La naissance de Princesse

Publié dans Grossesse et Naissance

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